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Plan Social à la Société Générale : la CFE-CGC très inquiète

Engagé dans un vaste plan d’économies, le groupe bancaire Société Générale va supprimer plus de 900 postes. Le point avec Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national des banques (SNB/CFE-CGC), leader dans la branche.


La Société Générale (56 000 salariés en France) va supprimer plus de 900 postes dans les services centraux parisiens. Comment avez-vous accueilli cette annonce ?


L’information, parue initialement samedi 3 février dans le quotidien Les Échos, nous a été officiellement confirmée le lundi 5 février par la direction du groupe. Précisément, il s’agira de 947 suppressions de postes Business Units (BU) et Service Units (SU) sur le site de La Défense (Hauts-de-Seine), principalement occupés par des cadres. C’est une mauvaise surprise mais que l’on pouvait imaginer car en septembre 2023, peu après la nomination de Slawomir Krupa comme nouveau directeur général du groupe, ce dernier avait annoncé un plan stratégique visant à réaliser 1,7 milliard d’euros d’économies à l’horizon 2026. Les 947 suppressions de postes vont occasionner, sur la période, une économie de 700 millions d’euros. Nous sommes donc inquiets car il reste 1 milliard d’euros à aller chercher. Il y aura immanquablement d’autres plans.


En savez-vous déjà plus sur la suite ?


La Société Générale est déjà engagée dans un plan de restructuration (vision 2025) avec une diminution d’effectifs de 3 700 salariés au sein du réseau. Il y a désormais des rumeurs persistantes de cessions dont les filiales Société Générale Securities Services (SGSS ; 2 000 salariés en France) et Société Générale Equipment Finance (SGEF), ajoutant du stress à un climat social délétère. Lorsque le SNB/CFE-CGC interroge Slawomir Krupa sur le sujet, il nous répond qu’il n’y a aucune activité du groupe qui ne fait pas l’objet d’une étude sur son positionnement et sa rentabilité.


Comment la direction justifie-t-elle ces plans de restructuration ?


Slawomir Krupa, qui a un profil de pur financier, a besoin de rassurer les actionnaires du groupe Société Générale, régulièrement en petite forme ces dernières années. Le SNB/CFE-CGC s’interroge toutefois sur les orientations stratégiques de la direction qui, à chaque mauvaise passe, réagit par des suppressions de postes sans réelle stratégie de développement.


Le cas de la Société Générale est-il spécifique, alors que les effectifs dans le secteur bancaire ont tendance à diminuer ?


Si le secteur a en effet perdu environ 100 000 salariés en 10 ans, la Société Générale se distingue négativement en la matière ces dernières années. Dans les autres grands groupes (BNP Paribas, La Banque postale, Crédit agricole…), les effectifs sont plutôt stabilisés.


Comment se passe le dialogue social dans l’entreprise ?


Les organisations syndicales ont plutôt de bons échanges avec les services RH et nous parvenons à faire valoir nos revendications. Nous avons par exemple négocié et signé un bon accord sur la gestion des emplois et des parcours professionnels en entreprise (GEPP). C’est en revanche beaucoup plus compliqué avec la direction générale de par la logique purement financière et court-termiste adoptée.


Comment réagissent les salariés ?


Le SNB alerte la direction sur le mal-être ressenti depuis plusieurs mois par nos collègues, lequel risque de s’accentuer. Ce mode de fonctionnement entraîne une forte montée des risques psychosociaux (RPS) et un climat très anxiogène pour tous les salariés qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Il est d’ailleurs révélateur qu’à chaque fois que la direction ouvre le chéquier à l’occasion d’un plan de départs, il y a plus de demandes que de besoins. Ce climat occasionne un gros travail syndical de terrain pour nos militants.


Quelles sont les revendications de la CFE-CGC ?


Alors qu’on demande sans cesse des efforts aux salariés pour absorber les réorganisations qui s’enchaînent avec une charge de travail croissante pour compenser les emplois supprimés, le SNB/CFE-CGC s’attache fortement aux conditions de travail et milite pour de réels efforts afin d’améliorer les rémunérations, tant au niveau du salaire que de l’intéressement et de la participation. Lors des dernières négociations annuelles obligatoires (NAO) à la Société Générale, nous avons réussi à augmenter les propositions initiales de la direction avec un accord final entérinant des augmentations générales de 1 % à 2,5 % et une prime de partage de la valeur de 1 200 euros.


Les récentes négociations salariales sont difficiles dans le secteur bancaire (grèves au Crédit agricole, chez LCL…). Quelle est votre analyse ?


Il y a un facteur conjoncturel qui pèse fortement, à savoir que les banques françaises restent pénalisées par la hausse des taux d’intérêt qui continue de fragiliser les comptes avec un impact important sur la marge nette des établissements bancaires. Dans ce contexte, les marges de manœuvre sont très réduites pour les négociations salariales.

Quelle est la dynamique du SNB/CFE-CGC, première organisation syndicale du secteur ?


Le SNB est depuis 2017 le premier syndicat de la banque, de la finance et du crédit. Il faudra attendre les résultats définitifs et la photo consolidée de la nouvelle représentativité sur le dernier cycle électoral mais nous sommes la première organisation syndicale et en progression dans les plus grands groupes : Société Générale, BPCE, BNP Paribas, Crédit Mutuel… La progression du nombre d’adhérents est à l’avenant puisque nous avons enregistré un pic historique d’adhésions l’an dernier. Il faut saluer le travail de nos équipes syndicales, à l’écoute du terrain et des problématiques des salariés pour faire vivre un dialogue social constructif.


Propos recueillis par Mathieu Bahuet

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